CONSEIL D'EXPERT

Comment installer une réserve d'eau incendie (PEI) ?

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💡 À retenir :

  • Installer une réserve d'eau incendie suppose de se conformer au cadre DECI fixé par le décret n°2015-235 du 27 février 2015 et au RDDECI du département concerné, validé par le SDIS avant tout démarrage de travaux.
  • Le volume minimal couramment admis est de 30 m³ utiles, avec des paliers en multiples de 30 m³ jusqu'à 120 m³, puis en multiples de 60 m³ au-delà, à confirmer avec le SDIS local.
  • La citerne souple couvre des volumes de 30 à 600 m³ et convient aux sites ruraux ou isolés ; la réserve enterrée répond aux besoins de grands sites industriels au-delà de 1 250 m³.
  • La plateforme de mise en station doit être stable et carrossable, avec une dalle béton d'environ 15 cm d'épaisseur et un débord d'au moins 50 cm de chaque côté de la citerne.
  • Tout dispositif de puisage doit intégrer un raccord DN100, un anti-vortex, et une vanne accessible ; pour les citernes souples avec piquage par le fond, la canalisation doit résister à 0,8 bar de dépression.
  • Le marquage « EAU NON POTABLE » et la capacité utile sont obligatoires, en caractères d'au moins 30 mm, et la maintenance doit être réalisée a minima annuellement avec tenue d'un registre de suivi.
L’installation d’une réserve d’eau incendie permet de disposer d’un point d’eau incendie (PEI) lorsque le réseau public est absent, insuffisant ou doit être complété au regard des besoins de défense du site. Le volume, le type de réserve, son implantation et les dispositifs de puisage dépendent notamment de l’activité, du niveau de risque et des prescriptions du RDDECI applicables localement. Une installation peut prendre la forme d’une citerne souple, d’une cuve aérienne ou enterrée ou d’un autre dispositif adapté au site. Le projet consiste à déterminer le besoin en eau, choisir la solution, dimensionner la capacité, prévoir l’accès et le raccordement des secours puis organiser la réception du PEI. La consultation du SDIS et du RDDECI doit intervenir dès le début du projet afin de valider la configuration avant l’installation.
Devis pour une réserve d'eau incendie

Quel cadre réglementaire DECI s'applique au projet ?

Le socle national et le rôle du RDDECI

Le cadre de la Défense Extérieure Contre l'Incendie repose sur le décret n°2015-235 du 27 février 2015 et sur l'arrêté du 15 décembre 2015 qui en constitue le référentiel national. Ces textes posent les principes généraux : définition des PEI, obligations de service public, modalités de contrôle et de réception. Ils ne fixent toutefois pas de volumes ou de distances uniformes sur tout le territoire. C'est le Règlement Départemental de Défense Extérieure Contre l'Incendie (RDDECI), arrêté par le préfet et rédigé par le SDIS, qui traduit ces principes en exigences locales opposables. Chaque RDDECI adapte les besoins en eau, les distances maximales, les paliers de dimensionnement et les périodicités de contrôle selon les risques propres au département.

Responsabilités

Les responsabilités sont clairement réparties entre plusieurs acteurs :

  • Le maire (ou le président d'EPCI si la compétence est transférée) détient le pouvoir de police spéciale DECI et doit s'assurer de l'existence, de la suffisance et de la disponibilité des ressources en eau sur son territoire.
  • Le propriétaire ou l'exploitant d'un site privé assume la réalisation et le maintien en condition opérationnelle du PEI prescrit, y compris les contrôles et le registre de suivi.
  • Le SDIS intervient comme conseiller technique lors de l'instruction du dossier, puis réalise la reconnaissance opérationnelle avant la mise en service du PEI.
Un PEI privé peut être intégré au dispositif DECI public via une convention formalisée avec la collectivité, sous réserve de validation et de référencement par le SDIS.
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Comment évaluer le besoin en eau incendie du site ?

Analyse du risque et données à collecter

L'évaluation du besoin précède tout choix de solution. Elle repose sur une analyse des risques propres au site : nature de l'activité, surfaces des cellules non recoupées coupe-feu, type et hauteur de stockage, présence de protections actives (sprinklage, RIA), isolement vis-à-vis des tiers et environnement immédiat. Ces paramètres déterminent le débit nominal requis et, par déduction, le volume utile à stocker. Les contraintes d'implantation entrent aussi en jeu dès cette phase : topographie, nature du sol, exposition au gel, emprise disponible et accès engins. Les données à transmettre au SDIS ou à la collectivité lors de l'instruction comprennent systématiquement :

  • La surface de la plus grande cellule non recoupée coupe-feu.
  • L'activité exercée et la catégorie de risque associée.
  • La présence ou l'absence de protections actives.
  • Le plan de masse avec accès engins et distance au bâtiment à défendre.
  • Le mode d'alimentation envisagé pour la réserve (réseau, eaux pluviales, appoint).

Modes d'alimentation de la réserve

La réserve peut être alimentée par le réseau d'eau, par récupération d'eaux pluviales, par collecte des eaux au sol ou par une combinaison de ces sources. Si une réalimentation automatique garantit un débit continu certifié, le volume statique exigé peut être réduit selon la formule : Volume résiduel = Volume requis − (Débit d'appoint × durée de référence). Un plancher incompressible de 30 m³ utiles s'applique toutefois dans tous les cas. Cette réduction est soumise à justification auprès du SDIS, qui peut la refuser si la garantie de débit n'est pas jugée suffisante sur la durée.

Quelle réserve incendie choisir selon les contraintes du site ?

Type de réserve Capacité courante Génie civil Gel Maintenance Accessibilité
Citerne souple 30 à 600 m³ Plateforme stable, pas de fouilles Protections équipements à prévoir Contrôle annuel, registre Bonne si plateforme carrossable
Réserve aérienne 60 à 500 m³ Fondation, ancrage Calorifugeage possible Contrôle visuel régulier Bonne en milieu ouvert
Réserve enterrée Souvent > 1 250 m³ Fouilles, génie civil lourd Protégée nativement Accès trappe, tests aspiration Nécessite aire dédiée
Point d'eau naturel aménagé Variable Aménagements accès/quai Non concerné Vérification niveau et accès Dépend du site
Type de réserve : Citerne souple
Capacité courante 30 à 600 m³
Génie civil Plateforme stable, pas de fouilles
Gel Protections équipements à prévoir
Maintenance Contrôle annuel, registre
Accessibilité Bonne si plateforme carrossable
Type de réserve : Réserve aérienne
Capacité courante 60 à 500 m³
Génie civil Fondation, ancrage
Gel Calorifugeage possible
Maintenance Contrôle visuel régulier
Accessibilité Bonne en milieu ouvert
Type de réserve : Réserve enterrée
Capacité courante Souvent > 1 250 m³
Génie civil Fouilles, génie civil lourd
Gel Protégée nativement
Maintenance Accès trappe, tests aspiration
Accessibilité Nécessite aire dédiée
Type de réserve : Point d'eau naturel aménagé
Capacité courante Variable
Génie civil Aménagements accès/quai
Gel Non concerné
Maintenance Vérification niveau et accès
Accessibilité Dépend du site
La citerne souple convient aux sites ruraux, agricoles ou petits sites industriels. Elle se pose rapidement sur plateforme préparée sans fouilles lourdes, et se plie en cas de dépose. La réserve enterrée s'impose pour les grands sites industriels, logistiques ou les ZAC nécessitant des volumes dépassant 1 250 m³. La réserve aérienne offre un bon compromis pour des volumes intermédiaires sur des sites à emprise limitée. Le point d'eau naturel aménagé (étang, lac) peut être retenu si le plan d'eau est pérenne, légalement qualifiable et techniquement accessible par les engins.

Comment dimensionner le volume et le débit de la réserve ?

Le dimensionnement repose sur la logique débit × durée. Le débit nominal requis est établi selon la catégorie de risque et les surfaces en jeu, souvent à partir de la méthode D9, fréquemment reprise par les RDDECI sans être strictement réglementaire. La durée de référence citée est généralement de 2 heures. Un site présentant un atelier de 1 000 m² en risque courant ordinaire, sans protection active, génère par exemple un débit de 60 m³/h, soit un volume utile de 120 m³.Les paliers couramment retenus sont des multiples de 30 m³ jusqu'à 120 m³, puis des multiples de 60 m³ au-delà. Le plancher minimal est fixé à 30 m³ utiles. Ces valeurs restent des ordres de grandeur à confirmer avec le SDIS du département : certains RDDECI prévoient des exigences spécifiques selon l'activité, la localisation ou le niveau de risque particulier du site. Une ICPE ou un entrepôt logistique de grande surface peut ainsi se voir prescrire 360 m³ ou davantage.

Où implanter la réserve pour garantir l'accès des engins ?

La réserve doit être accessible en permanence par les engins lourds des sapeurs-pompiers. La plateforme de mise en station doit être carrossable, stable et dégagée de tout obstacle. Une dalle béton d'environ 15 cm d'épaisseur constitue la solution la plus courante pour les citernes souples, avec un débord d'au moins 50 cm de chaque côté de la citerne. La portance du sol doit atteindre un ordre de grandeur de 1 à 1,5 kg/cm² pour supporter le poids d'une citerne pleine et d'un engin en manœuvre. Tout élément perforant (cailloux saillants, ferraillage, végétaux à tiges) doit être écarté de la zone de pose.Concernant la distance au bâtiment à défendre, les ordres de grandeur varient selon le RDDECI : des seuils de 200 à 400 m selon le niveau de risque et la configuration locale sont fréquemment cités, sans constituer une règle nationale uniforme. La distance est mesurée selon le cheminement accessible aux engins, et non à vol d'oiseau. L'aire de mise en station doit permettre à un véhicule de 26 t de se positionner face à la prise d'aspiration, de manœuvrer et de repartir sans obstacle.

Quels dispositifs de puisage et d'aspiration prévoir ?

Point contrôlé Risque si absent
Raccord DN100 fonctionnel Aspiration impossible par les engins
Anti-vortex en place Effondrement de la membrane en aspiration
Vanne de sectionnement accessible Impossibilité de couper l'alimentation en cas d'incident
Résistance à 0,8 bar de dépression Écrasement de la canalisation en prise souple
Canalisation sans plaquage ni pincement Perte de débit, cavitation
Quatre configurations permettent l'aspiration depuis une réserve artificielle :

  • La prise directe : raccord d'aspiration sur la paroi, accessible en surface, entre 500 et 800 mm du sol. C'est la solution la plus simple pour les citernes souples en accès hors sol.
  • La colonne d'aspiration : point de raccordement vertical à hauteur ergonomique, recommandé pour les réserves enterrées ou d'accès difficile.
  • Le poteau d'aspiration (poteau bleu) : raccordé à la réserve via canalisation enterrée, identifiable par sa couleur bleue et son raccord standard DN100.
  • La bouche d'aspiration : implantée au sol, reliée à la réserve, utilisée lorsque le poteau est inadapté à la configuration.
Le standard courant est le raccord DN100, compatible avec les engins des SDIS. Chaque dispositif doit intégrer un anti-vortex pour éviter les turbulences lors de l'aspiration et protéger la membrane des citernes souples. Lorsque le piquage est réalisé par le fond, une vanne de sectionnement accessible depuis l'extérieur est obligatoire. La canalisation doit résister à une dépression de 0,8 bar, exigence spécifiquement citée pour les citernes souples conformes à la NF S 62-250.Le tableau suivant récapitule les points contrôlés lors de la réception et les risques associés :

Comment constituer le dossier et obtenir la réception ?

Contenu du dossier technique

Le dossier à déposer auprès du SDIS ou de la collectivité compétente comprend en général :

  • Un plan d'implantation avec position de la réserve, accès engins, distances au bâtiment et zones de manœuvre.
  • Les caractéristiques du bâtiment : surface, activité, hauteur de stockage, protections actives.
  • La fiche technique de la réserve et, pour les citernes souples, les certificats de conformité (notamment NF S 62-250).
  • La note de calcul du besoin en eau si demandée par le SDIS.
  • Les modalités de remplissage et, si applicable, la convention de mise à disposition si le PEI est privé.

Circuit de validation et réception

Après dépôt, le dossier fait l'objet d'un avis technique du SDIS. Les travaux démarrent une fois la validation obtenue. À l'issue des travaux, une visite de réception est organisée. Le jour des essais, le SDIS vérifie notamment l'accessibilité carrossable, la stabilité de la plateforme, le bon fonctionnement du dispositif d'aspiration, la présence de l'anti-vortex, la signalisation et le marquage, et le volume effectivement disponible. Un test d'aspiration à 60 m³/h pendant 2 heures peut être réalisé selon les pratiques locales. La reconnaissance opérationnelle positive conduit au référencement du PEI dans le fichier SDIS, rendant la réserve officiellement intégrée au dispositif DECI.

Quelle signalisation installer sur la citerne incendie ?

Tout PEI de type réserve doit être identifiable sans ambiguïté par les sapeurs-pompiers en intervention. Le marquage apposé sur la citerne ou à proximité immédiate doit comporter la mention « CITERNE INCENDIE », la mention « EAU NON POTABLE » accompagnée du pictogramme correspondant, ainsi que la capacité utile en m³. La hauteur des caractères doit atteindre au moins 30 mm pour rester lisible à distance. Ce marquage doit être permanent, résistant aux intempéries et visible depuis le point d'accès.La numérotation et l'identification du PEI selon le système retenu par le RDDECI local permettent sa mise à jour dans le référencement SDIS et facilitent la gestion des indisponibilités. La confusion avec des équipements d'eau potable constitue un risque opérationnel réel : le marquage « EAU NON POTABLE » est donc une obligation, pas une recommandation.

Comment organiser la maintenance et la traçabilité du PEI ?

La maintenance du PEI relève du propriétaire ou de l'exploitant pour les PEI privés. Elle comprend a minima une inspection annuelle couvrant le contrôle visuel de l'état de la citerne ou du réservoir, la vérification du niveau d'eau, l'état des raccords et de la signalisation, l'accessibilité de la plateforme et des dispositifs d'aspiration, et un test d'aspiration si le dispositif le permet. Des vérifications visuelles mensuelles peuvent être demandées selon le RDDECI. Des contrôles hydrauliques plus approfondis sont réalisés tous les 2 à 3 ans selon les départements.Toutes les opérations doivent être consignées dans un registre de maintenance daté et signé, présentable en cas de contrôle SDIS. En cas d'indisponibilité du PEI (réparations, vidange, travaux), le SDIS et la commune doivent en être informés, et la remise en service fait l'objet d'une confirmation. Une réserve existante mais dont l'accès est obstrué ou dont le dispositif d'aspiration est défaillant peut être déclarée non conforme lors d'une reconnaissance opérationnelle.
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